En salle!
Une palme d'or, un film québécois rare et troublant et une pomme pourrie: somme toute, la semaine nous gâte.
Le ruban blanc
Un film de Michael Haneke
Une palme d’or, on va toujours la découvrir avec un mélange d’appréhension et d’excitation. Le film sera-t-il à la hauteur du prix? À la hauteur des attentes que l’on a eu le temps de se créer depuis le mois de mai? À la hauteur même de l’œuvre du cinéaste enfin couronné. L’heure du verdict est maintenant arrivée, puisque Le ruban blanc, palme d’or 2009, nous est dévoilé. Concentré et somme de toutes les recherches de Michael Haneke jusque-là (analyse de l’origine du Mal, travail sur l’épuration formelle et l’austérité glaçante), ce dixième film sorti du sombre imaginaire de l’auteur de La pianiste ou de Funny Games est aussi son film le plus froid et le plus théorique. Noir et blanc et cadrages d’une précision et d’une élégance à couper le souffle, références à Dreyer, Bergman mais aussi au Village des Damnés, récit à la mécanique implacable: tout est mis en place avec une maîtrise hallucinante pour évoquer le destin de ce petit village du nord de l’Allemagne, en 1913, sévèrement contrôlé par un baron et un pasteur, secoué par une série d’incidents criminels et nous faire assister, tétanisés, à la naissance de la barbarie. Le puritanisme extrême et le rigorisme autoritaire comme sources du totalitarisme, l’angoisse qui suintent de chaque plan, la leçon de mise en scène: rien de désopilant, c'est sûr, mais la palme d’or est assurément là.
Les sept jours du Talion
Un film de Podz
Jusqu’ici, il faut être honnête, les adaptations de romans de Patrick Sénécal avaient déçu. Sur le Seuil, 5150 rue des Ormes, le sang avait beau gicler, les effets grand-guignolesques déployés, les bâillements n’étaient jamais loin. Débarqué de son petit monde télévisuel, Podz (la géniale série Minuit, le soir) réinvente l’univers du petit maître de l’horreur à la québécoise pour signer un film glaçant, brillant, troublant. Un vrai film de cinéma. Réflexion sur la vengeance nous obligeant à penser par nous-mêmes (une rareté), évocation de la douleur d’un père à la suite de l’assassinat et du viol de sa petite fille sans complaisance ni sensationnalisme, Les sept jours du Talion compte aussi sur une mise en scène audacieuse et radicale, sans compromis, laissant le silence faire son travail, glaçant l’atmosphère en la nimbant d’une lumière bleue métallique hivernale. C’est que, au-delà du son récit, Podz filme d’abord et avant tout le Mal, droit dans les yeux, comme une épidémie qui traîne et qui gangrène. Un virus dont l’on ne peut se débarrasser et qui tue implacablement toute trace d’humanité. Au cœur de ce malaise géant, refusant avec honnêteté toute jouissance de la violence, Claude Legault est absolument époustouflant.
Dear John
Un film de Lasse Hallström
What’s Eating Gilbert Grape, Chocolat, The Cider House Rules: l’épique sentimental, Lasse Hallström maîtrise. Du moins pouvait-on le penser avant ce Dear John, bluette gélatineuse et traditionaliste, dégoulinante de sentimentalisme fade. Sur le papier, pourtant, le grand film n’était pas loin, la chronique contemporaine et subversive des amours en temps de guerre aurait pu se faufiler: John est soldat dans les forces spéciales. En permission, il rencontre Savannah, c’est le coup de foudre. Mais John doit repartir. Brodant sans imagination autour du thème épuisé de l’amour impossible, oubliant complètement le contexte de cette histoire d’amour gnangnan (la guerre, le club Med, les vacances, même combat), Dear John souffre encore de la présence robotisée et sans charisme de Channing Tatum. Seule Amanda Seyfried, bien seule dans cette galère, apporte un peu de souffle à l’aventure.




Rédigé par : Alexandra Blais | 7 fév 2010 09:21:23
Il à L'air très bon !! Jespaire pouvoir aller le voir !!