Sorties DVD
La judaïté vue par les frères Coen, un portrait du pionnier du web, une visite dans les centres de planning familial français, une curiosité indépendante et l'indétrônable Michel Louvain: le menu de la semaine est aussi varié qu'excitant.
Les dames en bleu
Un film de Claude Demers
Hystériques? Un peu folles? Peut-être. Mais surtout réellement touchantes et attachantes. Les Dames en bleu, ce sont ces femmes complètement fans de Michel Louvain, que filme avec une tendresse non dissimulée le documentariste Claude Demers (Barbiers, Une histoire d’hommes). Bourré de documents d’archives, nous faisant pénétrer l’intimité de ces femmes autant que celle du chanteur à la peignure toujours impeccable, le film en profite aussi pour réhabiliter en douceur une certaine culture populaire. Malgré un trait parfois (souvent) appuyé, Les dames en bleu reste un film sensible et généreux, au charme imparable.
A Serious Man
Un film des frères Coen
Minnesota, années 60. C’est aussi comme ça que pourrait débuter une biographie des frères Coen. Mais le duo choisit, encore une fois, la voie de la fiction décalée et ambigüe pour mieux se raconter en suivant les tourments existentiels d’un prof de physique en plein désarroi (formidable Michael Stuhlbarg, un acteur de Broadway, étonnant de ressemblance avec John Turturro). Réflexion sur la judaïté, portrait d’une Amérique en pleine perte de repères, d’avantage à rapprocher de Barton Fink que de Fargo, A Serious Man est en réalité le film le plus personnel mais aussi le plus froid des frères Coen, qui n’en sont de toutes façons plus à un paradoxe près. À ne pas rater, ce dernier plan, un des plus envoûtants que le cinéma américain nous ait donné ces dix dernières années.
We live in Public
Un film d’Ondi Timoner
Entre folie artistique, cynisme commercial et pure vision d’avenir, Josh Harris, véritable Andy Warhol du web, avait anticipé l’explosion d’internet dès 1984. Depuis, il n’a eu cesse d’expérimenter, sous forme d’installations artistiques aussi provocatrices que fascinantes et de décrypter à tout prix notre rapport aux images et aux machines. Faisant son portrait dans We live in Public, récompensé au festival de Sundance et présenté aux dernières Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal, la documentariste Ondi Timoner en profite aussi pour dépeindre en creux le fonctionnement de notre société, prête à tout pour ses quinze minutes de gloire.
Les Bureaux de Dieu
Un film de Claire Simon
Nathalie Baye, Nicole Garcia, Isabelle Carré, Rachida Brakni, Béatrice Dalle, Marie Laforêt et des actrices non-professionnelles: le casting, seul, a de quoi intriguer. Mais lorsqu’en plus, on sait qu’il est mis au service d’un film magnifique de justesse et d’intelligence, jamais donneur de leçons, jamais sensationnaliste, on va le louer d’urgence. Conçu par Claire Simon après des mois d’observation rigoureuse du quotidien d’un centre de planning familial (des organismes communautaires en France où des femmes peuvent venir gratuitement et anonymement chercher conseils et soutien quant à leur sexualité), Les bureaux de Dieu mêle le documentaire et la fiction pour faire le point avec franchise et générosité sur la condition féminine aujourd’hui. À mettre d’urgence entre les toutes les mains.
The Pleasure of Being Robbed
Un film de Josh Safdie
Présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2008, premier long métrage de Josh Safdie, un jeune homme de 24 ans à l’époque, The Pleasure of Being Robbed pourrait vite s’écraser sous le poids de ses références: le Pickpocket de Bresson sans la dimension existentielle, la liberté du cinéma de Truffaut et de la Nouvelle Vague en général, les errances des films de Cassavetes ou Jim Jarmusch, la joie de vivre de ceux de Miranda July. Mais quelque part au milieu de ces poids lourds, il trouve sa place avec légereté et fraîcheur, suivant avec une désinvolture absolue le parcours d’une jeune new-yorkaise, insouciante et kleptomane. Tourné en super-16, dans un esprit pris sur le vif ultra-réaliste et saisissant, le film techniquement parfois malhabile développe pourtant une poésie du quotidien à l’innocence touchante et simple. Une surprise.




Rédigé par : gagnon, pauline | 10 fév 2010 09:33:41
Pourquoi avez-vous présenté une photo du film "Le piano" (le couple qui s'enlace et la femme est vue de dos)? J'ai été bien déçue que "Le piano" ne sorte pas en DVD. Merci de me lire.