Sorties DVD
Des livres qui auraient mieux fait de le rester, une palme d'or rigoureuse et méritée et une attente déçue: la semaine DVD offre, malgré tout, de quoi se sustenter.
Le petit Nicolas
Un film de Laurent Tirard
Créé en 1959 par la plume et les mots des merveilleux Goscinny et Sempé, Le petit Nicolas, et sa bande de petits copains, ont depuis enchanté des générations de jeunes et de moins jeunes par leur débrouillardise, leur petite poésie du quotidien, leurs aventures scolaires aussi charmantes que touchantes. Peut-être méritaient-ils tous de garder leur seule place imaginaire? C’est que l’adaptation qu’en fait Laurent Tirard (Mensonges et trahisons), si elle n’est pas honteuse, est d’abord et avant tout paresseuse, ce qui est peut-être pire. Pas la faute aux comédiens (Kad Merad et Valérie Lemercier enfilent sans trop se forcer les habits des gentils parents, Maxime Godart a la bouille qu’il faut, sage et mignonne à la fois, les copains jouent tous justes) mais à une impression persistante et pesante de fadeur, de politique du moindre effort. Seule Sandrine Kiberlain, en maîtresse d’école dépassée par ces garnements, assure une présence réellement attachante. On retournera donc lire les livres.
Le ruban blancUn film de Michael Haneke
Enfin. Après des années de bons et cruels services (de Benny’s Video à La pianiste en passant par Funny Games), l’autrichien Michael Haneke l’a enfin décrochée, sa palme d’or. Concentré et somme de toutes ses obsessions jusque-là (analyse de l’origine du Mal, travail glaçant sur l’épuration formelle et l’austérité), son Ruban Blanc est aussi son film le plus froid et le plus théorique. Observation implacable dans un noir et blanc d’une maîtrise à couper le souffle du quotidien d’un petit village du nord de l’Allemagne en 1913, secoué par une série d’incidents criminels, son récit à la mécanique diabolique et à la précision bluffante est de ces regards qui font les grandes œuvres. Références à Dreyer, Bergman mais aussi au Village des Damnés, élégance formelle absolue, discours fort et manipulateur (Haneke ne se refera pas) sur le puritanisme extrême et le rigorisme autoritaire comme sources du totalitarisme, angoisse qui suinte de chaque plan : la palme d’or, véritable leçon de mise en scène, est bel et bien là.
Un film de Paul Greengrass
Sur le papier, Green Zone avait absolument tout pour se démarquer: une réalisation signée Paul Greengrass habitué à transformer des événements historiques forts en films tout aussi puissants (United 93, The Bourne Supremacy et Ultimatum, Bloody Sunday), un acteur au charisme certain, Matt Damon, le scénario de Brian Hegeland, véritable orfèvre d’ambiances troubles (L.A. Confidential, Mystic River) et un matériau de base authentique et subversif tiré d’un livre de Rajiv Chandrasekaran, ancien chef de bureau du Washington Post à Bagdad entre avril 2003 et octobre 2004. Par on ne sait quel mauvais tour, la sauce ne prend pourtant pas. Noyé sous un accompagnement musical sans âme ni personnalité, mis en scène avec force bruits et explosion, ne s’intéressant qu’à peine à son contexte, l’enquête d’un officier de l’armée US en plein Irak, chargé de dénicher les fameuses armes de destruction massive mais qui va plutôt découvrir la vérité, prend vite les allures d’un énième thriller lambda. Un spectacle sans grande imagination quand on attendait un film politique et pertinent sur les ravages de l’ère Bush, voilà qui a le don d’agacer.



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