Sorties DVD
Un documentaire qui fait froid dans le dos, un drame canadien surprenant et un mystère new-yorkais prenant: vive le cinéma sur canapé, cette semaine.
Le jeu de la mort
Un film de Gilles Amado
Entre 1960 et 1963, Milgram, un psychologue américain menait une série de tests pour évaluer notre rapport à l’autorité, notre degré d’obéissance et notre capacité à dire non en cas de problème de conscience. 50 ans plus tard, où en sommes-nous? Obéissons-nous toujours aveuglement aux ordres du moment qu’ils viennent d’en haut? Et surtout, où est ce « en haut »? Gilles Amado offre une réponse terrifiante : non seulement sommes-nous soumis et serviles, mais l’autorité capable de faire plier nos principes les plus importants est… la télévision. En récréant l’expérience de Milgram mais dans le cadre d’un jeu télévision (80 concurrents, une animatrice, et un « répondant » qui, s’il ne donne pas la bonne réponse, reçoit une charge électrique administrée par le joueur), Le jeu de la mort fait sincèrement froid dans le dos en observant scientifiquement les effets que peut avoir la télévision sur les masses. Si le constat purement scientifique intéresse au plus haut point, si les faits sont particulièrement frappants, on regrette néanmoins une réalisation tape-à-l’œil faisant souvent la part belle au sensationnalisme et à l’effet-choc. Comme dans une émission de télé, en réalité…
Un film de Ryan Redford
On ne va pas se mentir, plus que rares sont les films à nous venir d’Ontario. Et soyons même plus qu’honnêtes, encore moins nombreux sont ceux qui présentent un réel intérêt. Deux raisons donc pour vraiment s’arrêter devant cet Oliver Sherman, réelle bonne surprise de la semaine. Franklin, un ancien soldat, a retrouvé la paix dans une petite ville rurale avec sa femme et ses enfants. Jusqu’au jour où Sherman, un autre vétéran à qui il a sauvé la vie, vient cogner à sa porte, ses démons encore bien réveillés… Premier long de Ryan Redford, le film ne compte plus ses atouts: solidité d’une approche psychologique complexe et nuancée, suspense assuré, interprétation sans faille (notamment de Garret Dillahunt, déjà vu dans Deadwood, ici terrifiant dans ce rôle à la Travis Bickle), photographie soignée, intensité allant en crescendo avec rythme, réflexion sur les conséquences de la guerre. Tout y est. Avec en prime une vraie bonne raison de laisser tomber ses préjugés contre le cinéma ontarien.
Un film d’Andrew Jarecki
Années 70, la femme d’un riche héritier new-yorkais disparaît… L’histoire (vraie) avait fait les manchettes des journaux, fascinant le public au point d’être encore aujourd’hui une des affaires non résolues les plus célèbres de l’histoire criminelle américaine. Reconstituant les faits tout en s’autorisant une bonne part de spéculations, Andrew Jarecki confirme tout le bien qu’on pensait de lui après avoir découvert son premier et troublant doc. Capturing the Friedmans. Si le récit tourne parfois les coins ronds, son film compte en effet sur une façon assez unique et naturelle de recréer l’ambiance des années 70, mais surtout sur trois acteurs admirablement bien dirigés, et d’un charisme indéniable: Ryan Gosling, Kirsten Dunst (les deux chouchous du dernier festival de Cannes) et Frank Langella. À découvrir.
Helen Faradji



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