14e cérémonie des Jutra: en direct!
Et c'est parti! Le raz-de-marée de Monsieur Lazhar est-il inévitable? Le vendeur pourra-t-il créer la surprise? Et la soirée sera-t-elle à la hauteur de notre cinéma, si riche et diversifié cette année? C'est à suivre en direct ici même, dès 19h30!
D'emblée, les deux amis ont cloué le bec à la polémique entourant la mention "il n'est pas nécessaire d'avoir vu tous les films pour voter" puis se sont lancés dans une tirade juste assez ironique pour rappeler que pouvoir se moquer de notre cinéma, c'est aussi prouver qu'il va bien et qu'il peut en prendre!
Après une pique sentie aux règlements de Téléfilm et de la Sodec "compliqués mais c'est comme ça", qui a visiblement déplu aux dirigeants, un tacle tout aussi croquignole à l'idée de réunir les festivals de cinéma montréalais sous une seule bannière, et un quiz sur notre cinéma peut-être un chouïa long, on passe aux choses sérieuses. Et le premier Jutra de la soirée, celui du meilleur acteur de soutien, est remis à...Émilien Néron. La razzia Monsieur Lazhar débute!
Beaucoup de carrés rouges sur les costumes et les robes de soirée dans la salle... Les Jutra sont aussi un lieu où on l'on prouve que la culture et la société ne font qu'un et que la politique est bel et bien partout. Voilà qui fait du bien!
Du côté des filles, meilleur rôle de soutien (honnêtement, pas la catégorie la plus forte de la soirée...) , c'est toujours sans surprise que la petite Sophie Nélisse, adorable gamine qui fait fondre Mr Lazhar, et petite actrice au discours déjà bien polissé, l'emporte.
Impliqués, toujours plus impliqués, les Jutra... L'insistance des animateurs sur le 22 avril prochain, Jour de la Terre, et que l'on espère fédérateur dans la rue, fait réellement plaisir. Car le cinéma, c'est aussi un intérêt à ce que nous partageons tous. Il est bon, parfois de le rappeler.
Du côté des courts d'animation, et après un speech aussi inspiré qu'engagé de Martin Petit, c'est Dimanche de Patrick Doyon, un de nos fiers représentants aux Oscar qui l'emporte. Une belle nouvelle pour un si joli film et un joli coup de chapeau de Doyon à la Cinémathèque québécoise, sa "2e université' qui en a bien besoin ces temps-ci.
Après le billet d'or remis à Starbuck, un hommage bollywoodien un peu mollasson au film ayant donc amassé le plus de billets verts cette année et un discours pro-culture ("un investissement, pas une dépense") de ses producteurs et distributeurs, le ton de la soirée est décidément lancé: politique! Et c'est tant mieux. Car se battre pour une culture saine, refuser qu'elle soit considérée comme la cinquième roue du carrosse, ne peut que nous être profitable à tous. Ce succès du cinéma québécois en 2011, partout dans le monde (et qui n'est pas prêt de s'arrêter), c'est notre succès à tous. Notre miroir où nous voir, avec fierté.
Trève de palabres, la remise de prix ... à Monsieur Lazhar continue! Et c'est donc Philippe Falardeau, pour le Jutra du meilleur scénario, qui repartira avec une jolie statuette pour orner son dessus de cheminée. Bien sûr, on s'étonne encore qu'Anne Émond, et son magnifique Nuit#1 n'ait pas réussi à se glisser dans cette catégorie (par exemple à la place de La Run, franchement pas le scénario le plus fort de l'année) à, mais le prix à ce cher Falardeau qui a très joliment dédié son prix à tous les réfugiés algériens qui ont refait leur vie au Québec, n'a franchement rien de déshonorant.
Rayon direction photo, enfin un peu d'équilibre (Monsieur Lazhar n'était pas nommé, il faut dire!) puisque le prix est remis à Pierre Cottereau pour Café de Flore. Un choix qui doit rassurer les artisans du film de Jean-Marc Vallée (une des grosses déceptions de l'année, tout de même) mais qui étonne tout de même, vu le vernis visuel extrêmement bling bling dudit film...
On aurait probablement pu se passer de Mario/Gerry St-Amand limite illuminé venu pousser la chansonnette sans pertinence, ni rythme au milieu de ce gala jusqu'ici tonique, mais vite, chassons ces nuages et revenons à nos moutons. Plus précisément, nos moutons documentaires. Encore une fois, Moreau et Pelletier ont fait preuve d'autant d'humour que de finesse pour rappeler les réels dangers qu'encourt ce genre, sous- financé et mal-aimé. Mais question prix, le Jutra du meilleur documentaire va au sublimissime Ce coeur qui bat de Philippe Lesage, une visite aussi émouvante qu'envoûtante des urgences de l'hôpital Hôtel-Dieu. Une magnifique nouvelle!
Présenté par l'élégante Anne-Marie Cadieux et la charmante Anaïs Barbeau-Lavalette, l'hommage à l'actrice et réalisatrice Paule Baillargeon, rebelle et inspirante, sincère et droite (et qui aura convoqué, côte à côte les fantômes de Jutra et de Cassavetes sur scène...), a été placé sous le signe de l'émotion, de la force et de la transmission féministe. Simple et touchant, donc, à l'exacte image de celle qui a confessé "aimer le cinéma d'un amour absolu", c'est-à-dire autant que nous, simples spectateurs, l'aimons également. Un bien beau moment, donc même si on aurait aimé que son incroyable tempérament comique et sa cultissime prestation dans l'hilarant Les Voisins (à voir et revoir, sans aucune modération) soient au moins mentionnés...
De retour à des choses bien plus terre-à-terre pour souligner le prix du meilleur montage, la catégorie la plus controversée de l'année, vu les choix pour le moins étonnants des finalistes qui s'y sont glissés. Monsieur Lazhar, Café de Flore ou Funkytown? Visiblement pas assez bons pour s'y retrouver... Étrange, tout de même. Un prix en demi-teinte, donc, qui revient à Snow and Ashes, le choix le plus défendable (et un tout premier essai pour cette monteuse de talent, il faut aussi le souligner), compte tenu de la pauvreté de ses concurrents.
En grande forme, et en bilingue, s'il vous plaît, Emmanuel Bilodeau a présenté les prix remis hors d'ondes au cours de l'après-midi (Gerry, L'amour de Dieu, Café de Flore, Monsieur Lazhar et Incendies ont raflé la mise) avant que les inspirés touche-à-tout de Misteur Valaire ne résument à leur façon les compositions nommées et que le Jutra de la meilleure musique soit remis à Martin Léon (et à ses suggestions budgétaires loin d'être folles!) pour Monsieur Lazhar. Encore! Une petite déception tout de même pour Pierre Lapointe et Philippe Brault dont le magnifique habillage musical, doux et émouvant, du Vendeur, aurait sûrement mérité un brin de reconnaissance.
Côté court-métrage, avec un joli clin d'oeil en passant à En terrains connus de Stéphane Lafleur, grand oublié de la soirée, Francis Leclerc et Arnaud Brisebois se voient récompensés pour leur joli Trotteur, présenté juste avant The Artist sur grand écran!
Après des piques franchement sympathiques contre les critiques (eh oui), Moreau et Pelletier ont remis sans aucune surprise le prix de la meilleure réalisation à Philippe Falardeau, aussi zen qu'élégant, pour Monsieur Lazhar. Dommage pour Anne Émond dont le magnifique Nuit#1 aurait bien pu se hisser là sur le podium. Et surtout, encore plus dommage pour Sébastien Pilote, même pas nommé dans la catégorie, ce qui relève tout de même de la plus grande bêtise...
Grosse catégorie que celle de meilleur acteur où sont nommées de grosses pointures (enfin surtout deux...), chacun ayant trouvé un rôle à sa mesure cette année. Mais puisqu'il en faut un, c'est finalement, et fort heureusement Gilbert Sicotte qui repart couronné pour sa magnifique, et bouleversante interprétation du Vendeur pour Sébastien Pilote, après un discours inspiré sur le passé et l'avenir du cinéma québécois! Un prix plus que mérité... une évidence. Et un tout premier Jutra pour cet acteur que nous côtoyons depuis si longtemps et à qui enfin, enfin, le cinéma a su offrir un rôle à sa réelle taille.
Du côté des filles, c'est Vanessa Paradis (Café de Flore) qui l'emporte au mépris de toute logique, Catherine de Léan, sublime et vibrante dans Nuit#1 d'Anne Émond aurait bien davantage mérité sa place sur scène...
Clou de la soirée, après que Denis Villeneuve ait avoué avoir été impressionné par cette année de cinéma "exceptionnelle", le Jutra du meilleur film est donc remis à Monsieur Lazhar, histoire que Kim McCraw et Luc Déry (micro_scope, producteurs l'an dernier d'Incendies, et pour une cinquième fois sur ce podium) continuent sur leur belle lancée. Honnêtement, pouvait-il en être autrement? Pas vraiment.
Sans rien enlever au joli film de Falardeau et à la solidarité affichée et bien légitime de toute l'équipe avec les grévistes étudiants, on aurait néanmoins aimé que Le Vendeur et Nuit#1, fiers représentants de ce nouveau cinéma en pleine effervescence, que tout le monde a loué ce soir, aient aussi leur part du gâteau... Pour des surprises, on attendra donc l'année prochaine. En espérant que Sylvie Moreau et Yves Pelletier, eux aussi gagnants de la soirée, y soient également.



Rédigé par : Claude | 12 mar 2012 06:01:17
Bravo pour les gagnants, ils l'ont presque tous mérité. C'est la gande messe des acteurs et actrices et des réalisateurs. À chaque fois, un peu beaucoup d'autoencensement, et c'est normal quand on contrôle les ondes et les micros.
Mais où j'en ai un peu beaucoup le ras le bol, ce sont les petits messages personnels politiques, les parti-pris pour une cause, quelques qu'elles soient, Il le faut bien, on est des artistes. Nos opinions sont bien plus importantes que celle du peuple qui, lui n'est pas aussi cultivé. On doit lui dire quoi penser. Quand aux autres, ceux qui n'ont pas besoin de leur point de vue, puisqu'on étaient là pour voir les gagnants et non pour se faire casser les oreilles par des opinions personnelles, on les blâme puisqu'il ne sont pas de notre avis.
Faites donc ce que vous faites le mieux: du cinéma. Laissez aux autres le soin de faire le reste.
Quand je vais voir un de vos films et que je paye, je contribue à vous faire gagner votre vie et je ne suis pas le seul.Quand je vote, je choisis ceux et celles que je veux et ça ne vous regarde pas. Je suis assez grand pour choisir moi-même et je fais partie de la majorité ne vous en déplaise.
Quand vous agissez de la sorte, vous m'agacez et je pourrais moi ausi avoir envie un jour de ne plus vous encourager, et d'aller voir ailleurs.
Rédigé par : Christian | 12 mar 2012 08:43:46
Cher Claude,
Je suis tout a fait d'accord avec ton opinion, et je rajouterais ceci: aucun d'entre eux n'a été capable de remercier le public qui paye la facture.
En passant c'était du Fédéralisme bashing, Fédéral qui finance l'industrie, donc l'opinion d'un artiste rien à foutre.
Christian
Rédigé par : Martine Beaulac | 12 mar 2012 10:23:56
@Claude : Que de frustration ce matin! Franchement, si vous ne voulez pas entendre parler les artistes, suivez le(s) gala(s) en sourdine (sur "mute"). Tout le monde a droit à sa propre opinion, et ces différences & divergences de point(s) de vue forment une mosaïque de qualité dont chaque parcelle a autant de valeur qu'une autre.
En passant, j'étais sur place et je ne portais pas de carré rouge. Je n'ai pas été pointée du doigt ni traitée de façon irrespectueuse. J'étais tout à fait à l'aise de ne pas m' afficher à ce sujet/propos en embarquant dans ce mouvement.
@Christian : Comme je l'indiquais à Claude, j'étais sur place et j'ai pourtant bel et bien entendu (mais je ne me rappelle plus de la part de qui exactement), alors que le discours en question était en ondes, un gros merci au public sans qui tous ces films perderaient leur but premier.
Voilà!
Enfin.
Pour ma part, j'ai passé une agréable soirée bien divertissante dont je suis fière d'avoir en quelque sorte participé.
Merci...
Rédigé par : michel lebrun | 12 mar 2012 13:00:47
Bien oui, j'ai bien aimé le film M.Lazhar...super ..mais pour la leçon de vie on repassera... Un immigrant qui réussit àq gagner la sympathie d'une directrice d'école et qui lui fait voir de faux diplômes et qui commence à enseigner , comme sa femme faisait, alors que lui était un pauvre restaurateur dans son pay, l'Algérie ...Bref un immigrant se joue de notre système et de la bonne foi d'une bonne québécoise , directrice d'école , fait l'hypocrite et on l'acclame à grands cris... Bravo le monde !!!
Un peu comme dans" incendie", une femme qui vient au Canada qui obtient la résidence sans dévoiler ses actions antérieures ..Presque rien.... juste le fait de devenir gardienne d'enfants pour réussir à assassiner le père de ces enfants... superbe leçon de vie, non.! Vous avez raison il faut applaudir cela à tout rompre.
Simple le Québec a perdu son sens moral... la grande noirceur c'était quand déjà ?
Rédigé par : marthe | 12 mar 2012 14:59:45
tout à fait d'accord avec Claude et j'ajouterais; pourquoi ne pas vous présenter aux prochaines élections? il y a bien M. Pierre Curzi qui l'a fait alors.....qu'attendez-vous?
Rédigé par : andré | 12 mar 2012 18:00:55
Concernant monsieur lAZHAR ,qui est décris comme un immigrant ,juste pour votre information il n'est pas un immigrant ,et je pense si il lis ton commentaire sa reponse serra garde le quebec pour toi car lui il ne veut rien savoir de ton québec d'ailleurs s'est pour cela que les média québeçois ne parle pas de lui ,comment califier vous cela un tallent de méme acteur principale les médias ne parle jamais de lui .le monde a l'envers .
Rédigé par : un immigrant | 12 mar 2012 19:25:47
trés bonne remarque pour l'article de Mr André.