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11 mar 2012

14e cérémonie des Jutra: en direct!

Jutra+2Et c'est parti! Le raz-de-marée de Monsieur Lazhar est-il inévitable? Le vendeur pourra-t-il créer la surprise? Et la soirée sera-t-elle à la hauteur de notre cinéma, si riche et diversifié cette année? C'est à suivre en direct ici même, dès 19h30!

En direct du Théâtre St-Denis à Montréal, Sylvie Moreau et Yves Pelletier ont donc entamé les festivités en... chantant nos films. Baveux, juste assez, efficaces, juste comme il faut, dynamiques, juste dans le ton, le duo qui nous avait charmés l'année dernière et empêchés de passer une soirée trop mortifère semble donc de retour. Une bonne nouvelle, donc, pour commencer.

Jutra2012D'emblée, les deux amis ont cloué le bec à la polémique entourant la mention "il n'est pas nécessaire d'avoir vu tous les films pour voter" puis se sont lancés dans une tirade juste assez ironique pour rappeler que pouvoir se moquer de notre cinéma, c'est aussi prouver qu'il va bien et qu'il peut en prendre!

Après une pique sentie aux règlements de Téléfilm et de la Sodec "compliqués mais c'est comme ça", qui a visiblement déplu aux dirigeants, un tacle tout aussi croquignole à l'idée de réunir les festivals de cinéma montréalais sous une seule bannière, et un quiz sur notre cinéma peut-être un chouïa long, on passe aux choses sérieuses. Et le premier Jutra de la soirée, celui du meilleur acteur de soutien, est remis à...Émilien Néron. La razzia Monsieur Lazhar débute!

Beaucoup de carrés rouges sur les costumes et les robes de soirée dans la salle... Les Jutra sont aussi un lieu où on l'on prouve que la culture et la société ne font qu'un et que la politique est bel et bien partout. Voilà qui fait du bien!

NelisseDu côté des filles, meilleur rôle de soutien (honnêtement, pas la catégorie la plus forte de la soirée...) , c'est toujours sans surprise que la petite Sophie Nélisse, adorable gamine qui fait fondre Mr Lazhar, et petite actrice au discours déjà bien polissé, l'emporte. 

Impliqués, toujours plus impliqués, les Jutra... L'insistance des animateurs sur le 22 avril prochain, Jour de la Terre, et que l'on espère fédérateur dans la rue, fait réellement plaisir. Car le cinéma, c'est aussi un intérêt à ce que nous partageons tous. Il est bon, parfois de le rappeler.

DimancheDu côté des courts d'animation, et après un speech aussi inspiré qu'engagé de Martin Petit, c'est Dimanche de Patrick Doyon, un de nos fiers représentants aux Oscar qui l'emporte. Une belle nouvelle pour un si joli film et un joli coup de chapeau de Doyon à la Cinémathèque québécoise, sa "2e université' qui en a bien besoin ces temps-ci.

Après le billet d'or remis à Starbuck, un hommage bollywoodien un peu mollasson au film ayant donc amassé le plus de billets verts cette année et un discours pro-culture ("un investissement, pas une dépense") de ses producteurs et distributeurs, le ton de la soirée est décidément lancé: politique! Et c'est tant mieux. Car se battre pour une culture saine, refuser qu'elle soit considérée comme la cinquième roue du carrosse, ne peut que nous être profitable à tous. Ce succès du cinéma québécois en 2011, partout dans le monde (et qui n'est pas prêt de s'arrêter), c'est notre succès à tous. Notre miroir où nous voir, avec fierté.

LazharTrève de palabres, la remise de prix ... à Monsieur Lazhar continue! Et c'est donc Philippe Falardeau, pour le Jutra du meilleur scénario, qui repartira avec une jolie statuette pour orner son dessus de cheminée. Bien sûr, on s'étonne encore qu'Anne Émond, et son magnifique Nuit#1 n'ait pas réussi à se glisser dans cette catégorie (par exemple à la place de La Run, franchement pas le scénario le plus fort de l'année) à, mais le prix à ce cher Falardeau qui a très joliment dédié son prix à tous les réfugiés algériens qui ont refait leur vie au Québec, n'a franchement rien de déshonorant.

Rayon direction photo, enfin un peu d'équilibre (Monsieur Lazhar n'était pas nommé, il faut dire!) puisque le prix est remis à Pierre Cottereau pour Café de Flore. Un choix qui doit rassurer les artisans du film de Jean-Marc Vallée (une des grosses déceptions de l'année, tout de même) mais qui étonne tout de même, vu le vernis visuel extrêmement bling bling dudit film...

CoeurOn aurait probablement pu se passer de Mario/Gerry St-Amand limite illuminé venu pousser la chansonnette sans pertinence, ni rythme au milieu de ce gala jusqu'ici tonique, mais vite, chassons ces nuages et revenons à nos moutons. Plus précisément, nos moutons documentaires. Encore une fois, Moreau et Pelletier ont fait preuve d'autant d'humour que de finesse pour rappeler les réels dangers qu'encourt ce genre, sous- financé et mal-aimé. Mais question prix, le Jutra du meilleur documentaire va au sublimissime Ce coeur qui bat de Philippe Lesage, une visite aussi émouvante qu'envoûtante des urgences de l'hôpital Hôtel-Dieu. Une magnifique nouvelle!

PaulePrésenté par l'élégante Anne-Marie Cadieux et la charmante Anaïs Barbeau-Lavalette, l'hommage à l'actrice et réalisatrice Paule Baillargeon, rebelle et inspirante, sincère et droite (et qui aura convoqué, côte à côte les fantômes de Jutra et de Cassavetes sur scène...), a été placé sous le signe de l'émotion, de la force et de la transmission féministe. Simple et touchant, donc, à l'exacte image de celle qui a confessé "aimer le cinéma d'un amour absolu", c'est-à-dire autant que nous, simples spectateurs, l'aimons également. Un bien beau moment, donc même si on aurait aimé que son incroyable tempérament comique et sa cultissime prestation dans l'hilarant Les Voisins (à voir et revoir, sans aucune modération) soient au moins mentionnés...

De retour à des choses bien plus terre-à-terre pour souligner le prix du meilleur montage, la catégorie la plus controversée de l'année, vu les choix pour le moins étonnants des finalistes qui s'y sont glissés. Monsieur Lazhar, Café de Flore ou Funkytown? Visiblement pas assez bons pour s'y retrouver... Étrange, tout de même. Un prix en demi-teinte, donc, qui revient à Snow and Ashes, le choix le plus défendable (et un tout premier essai pour cette monteuse de talent, il faut aussi le souligner), compte tenu de la pauvreté de ses concurrents.

MartinEn grande forme, et en bilingue, s'il vous plaît, Emmanuel Bilodeau a présenté les prix remis hors d'ondes au cours de l'après-midi (Gerry, L'amour de Dieu, Café de Flore, Monsieur Lazhar et Incendies ont raflé la mise) avant que les inspirés touche-à-tout de Misteur Valaire ne résument à leur façon les compositions nommées et que le Jutra de la meilleure musique soit remis à Martin Léon (et à ses suggestions budgétaires loin d'être folles!) pour Monsieur Lazhar. Encore! Une petite déception tout de même pour Pierre Lapointe et Philippe Brault dont le magnifique habillage musical, doux et émouvant, du Vendeur, aurait sûrement mérité un brin de reconnaissance.

Côté court-métrage, avec un joli clin d'oeil en passant à En terrains connus de Stéphane Lafleur, grand oublié de la soirée, Francis Leclerc et Arnaud Brisebois se voient récompensés pour leur joli Trotteur, présenté juste avant The Artist sur grand écran!

FalardeauAprès des piques franchement sympathiques contre les critiques (eh oui), Moreau et Pelletier ont remis sans aucune surprise le prix de la meilleure réalisation à Philippe Falardeau, aussi zen qu'élégant, pour Monsieur Lazhar. Dommage pour Anne Émond dont le magnifique Nuit#1 aurait bien pu se hisser là sur le podium. Et surtout, encore plus dommage pour Sébastien Pilote, même pas nommé dans la catégorie, ce qui relève tout de même de la plus grande bêtise...

SicotteGrosse catégorie que celle de meilleur acteur où sont nommées de grosses pointures (enfin surtout deux...), chacun ayant trouvé un rôle à sa mesure cette année. Mais puisqu'il en faut un, c'est finalement, et fort heureusement Gilbert Sicotte qui repart couronné pour sa magnifique, et bouleversante interprétation du Vendeur pour Sébastien Pilote, après un discours inspiré sur le passé et l'avenir du cinéma québécois! Un prix plus que mérité... une évidence. Et un tout premier Jutra pour cet acteur que nous côtoyons depuis si longtemps et à qui enfin, enfin, le cinéma a su offrir un rôle à sa réelle taille.

Du côté des filles, c'est Vanessa Paradis (Café de Flore) qui l'emporte au mépris de toute logique, Catherine de Léan, sublime et vibrante dans Nuit#1 d'Anne Émond aurait bien davantage mérité sa place sur scène...

MLazharClou de la soirée, après que Denis Villeneuve ait avoué avoir été impressionné par cette année de cinéma "exceptionnelle", le Jutra du meilleur film est donc remis à Monsieur Lazhar, histoire que Kim McCraw et Luc Déry (micro_scope, producteurs l'an dernier d'Incendies, et pour une cinquième fois sur ce podium) continuent sur leur belle lancée. Honnêtement, pouvait-il en être autrement? Pas vraiment.

Sans rien enlever au joli film de Falardeau et à la solidarité affichée et bien légitime de toute l'équipe avec les grévistes étudiants, on aurait néanmoins aimé que Le Vendeur et Nuit#1, fiers représentants de ce nouveau cinéma en pleine effervescence, que tout le monde a loué ce soir, aient aussi leur part du gâteau... Pour des surprises, on attendra donc l'année prochaine. En espérant que Sylvie Moreau et Yves Pelletier, eux aussi gagnants de la soirée, y soient également.

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Helen Faradji Helen

Débarquée à Montréal il y a dix ans, Helen Faradji promène depuis sa passion pour le cinéma en toute liberté. Titulaire d'un doctorat sur le cinéma des frères Coen et de Quentin Tarantino, elle collabore ainsi à de nombreuses publications et a été chef de section Cinéma de l'hebdo ICI avant de devenir rédactrice en chef du 24images.com.

Aleksi K. Lepage Aleksi

Journaliste/critique à la Presse et responsable de la chronique Mauvaise Langue sur MSN.ca, Aleksi K. aime le cinéma. Un peu de tout. N'importe quoi. Parce que n'importe quoi, c'est le paradis, n'importe quoi c'est l'au-delà.

Geneviève Dallaire Genevieve

Éditrice des sections Cinéma, Célébrités et Divertissement sur MSN.ca, Geneviève préférerait passer ses journées à regarder des films… Mais elle passe plutôt ses journées à éditer des textes de journalistes qui passent leur journée à regarder des films. C’est toujours mieux que de se lacérer les yeux avec une chaîne rouillée, non?


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