Chialer pour chialer
On n'est jamais content. On trouve toujours à redire. On cherche ce qui cloche avec tant d'acharnement qu'on le trouve tout de suite et très facilement. Ou, plus efficace, on rejette dédaigneusement tout d'un bloc, prétextant d'obscures «questions de principe».
Enfin, je parle pour moi. Et pour les geeks rabat-joie de mon espèce. Vous avez vu Prometheus? Alors, vous avez aimé ou pas? Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout? Qu'importerais mon avis personnel, je ne ferais qu'ajouter ma voix soit au concert d'éloges, soit à la chorale des lamentations, soit, et ce serait lamentable (mais c'est la vie) à la plate chan-son du couci-couça: «Pis, c'était comment? - Pas pire.» Or il n'est en vérité rien qui soit pire qu'un film «pas pire.» Un mauvais film, on peut au moins en rire. Mais un film «pas pire» confine à la plate médiocrité.
Veut, veut pas, on va comparer Prometheus à Alien, et on va se demander si le nouveau film de Ridley Scott va créer le même choc que l'oeuvre originelle de 1979. Il y a de bonnes raisons de penser que Prometheus ne passera pas à l'histoire, qu'importent ses mérites et ses qualités objectives. Il se trouve que nous sommes tous si habitués, si conditionnés aux effets spéciaux spectaculaires qu'il en faut beaucoup pour nous impressionner. Même les jeux ont atteint un tel degré de raffinement (parfois même dans leurs scénarios) qu'ils font parfois passer les récents films d'horreur et de science-fiction qui utilisent le numérique pour de longs vidéos de démonstration.
Ne pas négliger ou sous-estimer le «facteur nostalgie», beaucoup plus puissant qu'on n'ose l'admettre et qui peut bousiller toute tentative d'une pensée critique juste et éclairée. C'est ce même soucis très égoïste de conserver intact le souvenir d'un film bouleversant qui mène les fans au mépris spontané de tous les remakes, de toutes les «prequels». Oui, la vieille rengaine, que j'entonne souvent: c'était donc meilleur avant. On ne doit pas travestir les chefs-d'oeuvre, laissez-les tranquilles (voilà pour les obscures «questions de principe.»)
Mais n'oublions pas que le Aliens de James Cameron, lancé en 1986, n'a pas initialement été reçu avec des volées de confettis et de cotillons; certains commentateurs l'avaient à l'époque comparé à une sorte de Rambo dans l'espace (ou plutôt de «Rambette», puisqu'on y a affaire à une héroïne, Ripley bien sûr, interprétée par Sigourney Weaver.) Or, cet Aliens est au-jourd'hui un «incontournable» du cinéma fantastique. Alien 3 (1992) a été vilipendé et matraqué de tous bords tous côtés, avant d'être revu et réintégré à sa juste valeur au corpus d'un cinéaste issu du vidéoclip alors peu connu et maintenant respecté: David Fincher. N'osons rien prévoir à propos de la carrière future de ce Prometheus pour l'instant discutable à l'infini, le temps fait parfois bien les choses, ou les refait autrement.
Aleksi K. Lepage



Rédigé par : Voyante sérieuse | 19 juin 2012 07:30:48
Ce blog est merveilleux, merci de nous proposer. Content de voir de nouveaux projets ! Je vous souhaite beaucoup de réussite .