Fantasia: dans les premières rangées
Croyez-le ou non, jeunesses, mais avant Fantasia, les maniaques de cinéma fantastique du Québec erraient un peu à tâtons, chacun pour soi, ou par groupuscules confidentiels. L'Internet n'en était encore qu'à l'état de «bonne idée», le DVD était un produit de luxe, on louait des VHS et on ne s'informait à propos du cinéma de genre que par des publications imprimées telles que The Video Watchdog, Psychotronic Video ou qu'au contact d'amis bien avisés et particulièrement geeks.
Il régnait à l'Imperial (cinéma aujourd'hui tristement transformé en salle de galas et de tapis rouges) une authentique ambiance de fête, rien à voir avec les soirées mondaines du FFM. Les meilleurs sièges étant déjà occupés dans la salle remplie à craquer, j'ai cru bon prendre place à la première rangée, ce qui fut d'ailleurs une excellente idée: c'est là que ça se passe. Dans les premières rangées s'amassent les vrais fans, allumés, euphoriques, bavards, érudits, du genre à savoir le nom de l'acteur américain qui joue le docteur dans La guerre des monstres d'Ishirô Honda (dans le mille, c'est Russ Tamblyn.) Des gars en général, des dudes, mal habillés, mal rasés, des semblables en somme.
Je me sentais isolé avec mon inavouable passion pour les séries B, pour l'horreur, le gore, le divertissement sans valeur morale, sans valeur esthétique parfois, entouré le plus souvent de jeunes cinéphiles sérieux, universitaires, à qui je n'aurais jamais avoué que je n'avais (et n'ai encore) pas grand-chose à faire de David Lynch, Jim Jarmusch, ou chose, là, avec sa trilogie Bleu-Blanc-Rouge plate à mort, leur préférant n'importe quelle cochonnerie avec des tueurs à la hache, des robots en plastique, des vampires mexicains ou (et surtout) des zombies léthargiques.
Chaque année avec Fantasia, même si je fréquente le festival avec moins d'assiduité qu'à ses débuts, je me sens un peu moins dans mon coin avec mes goûts infiniment discutables et mes étranges lubies. J'ose sortir de mon terrier tel un otaku soudainement devenu grégaire. Mine d'un événement marginal, ce festival rassembleur aura donné au fil des ans un scintillant verni de respectabilité au cinéma de genre, si bien que Fantasia n'attire pas que les geeks mal-habillés et mal-rasés mais des gens tout à fait proprets, guindés, branchés, amis du 7e art, à l'affût des tendances. Ça tombe un peu sur les nerfs, mais c'est en quelque sorte un mal nécessaire. On a hâte au 19 juillet.
Aleksi K. Lepage



Rédigé par : Medium serieux | 16 juil 2012 04:39:24
Superbe construction du site, continuez comme ça quand ça sera fini ça sera superbe.
Rédigé par : Yeux du chien | 21 juil 2012 08:20:44
BRAVO. CE SITE EST FORMIDABLE.JE SAVAIS QUE TU ETAIS LE MEILLEUR