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13 juil 2012

Fantasia: dans les premières rangées

FantasiaCroyez-le ou non, jeunesses, mais avant Fantasia, les maniaques de cinéma fantastique du Québec erraient un peu à tâtons, chacun pour soi, ou par groupuscules confidentiels. L'Internet n'en était encore qu'à l'état de «bonne idée», le DVD était un produit de luxe, on louait des  VHS et on ne s'informait à propos du cinéma de genre que par des publications imprimées telles que The Video Watchdog, Psychotronic Video ou qu'au contact d'amis bien avisés et particulièrement geeks.

J'étais convaincu à l'époque de triper tout seul dans mon coin. Personne autour de moi ne s'intéressait, par exemple, aux films de zombies italiens des années 70 et 80 ou à la saga de Waldemar Daninsky, le loup-garou de Madrid interprété par Jacinto Molina. Il y avait bien eu, avant Fantasia, un pompeux Festival International du Cinéma Fantastique de Montréal, organisé en 1992 par le preux Roland Smith (aujourd'hui administrateur du si chaleureux Cinéma du Parc) mais pour toutes sortes de raisons (surtout financières) l'évènement n'aura pas fait long feu et aura laissé les fans déçus.
 
Audition1996. Je n'avais pas grand espoir en ce Fantasia qui, comme son nom l'indique, s'intéresse spécifiquement au cinéma fantastique asiatique (ce n'est plus tout à fait vrai maintenant, le festival ratisse large.) De ce cinéma-là je ne me faisais pas une haute idée, n'en connaissant qu'Ultraman, Godzilla et quelques films chinois très laids et mal traduits. J'ignorais jusqu'à l'existence de cinéastes tels que John Woo ou Takashi Miike. Je m'y suis rendu tout de même, pour la projection de je-ne-sais-quoi, y trouvant avec surprise un public étonnamment nombreux et enthousiaste en diable, le même genre de public dissipé qui assiste, année après année, aux séances du Rocky Horror Picture Show.
 
Il régnait à l'Imperial (cinéma aujourd'hui tristement transformé en salle de galas et de tapis rouges) une authentique ambiance de fête, rien à voir avec les soirées mondaines du FFM. Les meilleurs sièges étant déjà occupés dans la salle remplie à craquer, j'ai cru bon prendre place à la première rangée, ce qui fut d'ailleurs une excellente idée: c'est là que ça se passe. Dans les premières rangées s'amassent les vrais fans, allumés, euphoriques, bavards, érudits, du genre à savoir le nom de l'acteur américain qui joue le docteur dans La guerre des monstres d'Ishirô Honda (dans le mille, c'est Russ Tamblyn.) Des gars en général, des dudes, mal habillés, mal rasés, des semblables en somme.
 
Je me sentais isolé avec mon inavouable passion pour les séries B, pour l'horreur, le gore, le divertissement sans valeur morale, sans valeur esthétique parfois, entouré le plus souvent de jeunes cinéphiles sérieux, universitaires, à qui je n'aurais jamais avoué que je n'avais (et n'ai encore) pas grand-chose à faire de David Lynch, Jim Jarmusch, ou chose, là, avec sa trilogie Bleu-Blanc-Rouge plate à mort, leur préférant n'importe quelle cochonnerie avec des tueurs à la hache, des robots en plastique, des vampires mexicains ou (et surtout) des zombies léthargiques.
 
Chaque année avec Fantasia, même si je fréquente le festival avec moins d'assiduité qu'à ses débuts, je me sens un peu moins dans mon coin avec mes goûts infiniment discutables et mes étranges lubies. J'ose sortir de mon terrier tel un otaku soudainement devenu grégaire. Mine d'un événement marginal, ce festival rassembleur aura donné au fil des ans un scintillant verni de respectabilité au cinéma de genre, si bien que Fantasia n'attire pas que les geeks mal-habillés et mal-rasés mais des gens tout à fait proprets, guindés, branchés, amis du 7e art, à l'affût des tendances. Ça tombe un peu sur les nerfs, mais c'est en quelque sorte un mal nécessaire. On a hâte au 19 juillet.

 Aleksi K. Lepage

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Helen Faradji Helen

Débarquée à Montréal il y a dix ans, Helen Faradji promène depuis sa passion pour le cinéma en toute liberté. Titulaire d'un doctorat sur le cinéma des frères Coen et de Quentin Tarantino, elle collabore ainsi à de nombreuses publications et a été chef de section Cinéma de l'hebdo ICI avant de devenir rédactrice en chef du 24images.com.

Aleksi K. Lepage Aleksi

Journaliste/critique à la Presse et responsable de la chronique Mauvaise Langue sur MSN.ca, Aleksi K. aime le cinéma. Un peu de tout. N'importe quoi. Parce que n'importe quoi, c'est le paradis, n'importe quoi c'est l'au-delà.

Geneviève Dallaire Genevieve

Éditrice des sections Cinéma, Célébrités et Divertissement sur MSN.ca, Geneviève préférerait passer ses journées à regarder des films… Mais elle passe plutôt ses journées à éditer des textes de journalistes qui passent leur journée à regarder des films. C’est toujours mieux que de se lacérer les yeux avec une chaîne rouillée, non?


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