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02 août 2012

Ce week-end à Fantasia

FantasiaEt voici un autre lot de films et d'événements présentés à Fantasia en cette fin de semaine électorale, un lot pénultième (c'est-à-dire avant-dernier) car le festival touche déjà à sa fin. Encore une fois, il y en aura pour tous, pour toutes, et même pour les autres...

Vendredi 3 août

Événement
Bienvenue à Meilleures pratiques et autres conseils sur le financement communautaire et la distribution de films dans l'ère numérique. Ç'a l'air sérieux, et ça l'est effectivement. Dieu sait à quel point les jeunes cinéastes en devenir, et à plus forte raison ceux versés dans le cinéma fantastique, doivent ramer pour venir à bout d'un seul projet. Il sera question dans cette conférence, entre autres, de la diffusion des œuvres depuis l'avènement du net et des nouveaux moyens de communication. Les conférenciers prendront pour exemple le film Four Eyed Monsters, d'Arin Crumley, premier long-métrage lancé directement sur YouTube. On vit une époque formidable, il faut en profiter.

Films
Carré blanc relate l'étrange parcours de Philippe, enfant relégué dans un orphelinat où on lui lessive la cervelle pour en faire un être totalement dénué d'émotion et de pitié. Des années plus tard, devenu un honorable citoyen et un époux correct, Philippe découvrira des vérités horrifiantes quand à la nature de ce monde étouffant (Big Brother?) Carré Blanc (qui fera sans doute vibrer les manifestants au carré rouge) est le premier long-métrage du français Jean-Baptiste Léonetti.
 
Des Pays-Bas (particulièrement bas dans ce cas-ci) nous proviennent les New Kids Turbo, enfantés par les hollandais Steffen Haars et Flip Van der Kuil. Ces New Kids sont tous paumés, illettrés, arborent fièrement la coupe Longueuil et habitent dans quelque banlieue crasse. Ayant tous été virés ou n'ayant de toute façon aucun job, ils s'assemblent pour former un club dont l'objectif est de ne rien payer, jamais. Des BS «engagés», en somme. Leur «insurrection» fera tant jaser qu'elle aura pour effet de plonger la nation entière dans le marasme économique. Grand succès en son pays, cette comédie est, dit-on, joyeusement provocatrice et d'une irrésistible vulgarité.
 
Un comédie musicale horrifique thaïlandaise avec des jolies filles en bikini, des rappeurs machos, des morts-vivants sous-marins (?), tout ce monde-là réuni sur une île déserte dans l'espoir de faire des cochonneries, mais évidemment rien ne se passera comme il faut et on aura droit à notre dose de gore. Cela paraît complètement débile et sans aucune portée sociale. Mais on est cheap et on aime bien la violence, tant que c'est gratuit... Dead Bite est réalisé par une star du hip hop thaï, JoeyBoy.

À louer
Pas le temps d'aller flâner à Fantasia? Plongez-vous dans la comédie hollandaise épaisse et revoyez cet épouvantable «classique» de 1986, Flodder, retitré chez nous Les Lavigueur déménagent, qui précède d'une vingtaine d'années nos Bougon. Avec un peu de chance, si vous avez un magnétoscope, vous mettrez la main sur une copie VHS traduite en joual dans une talle de vieilles cassettes en vente. Le film flotte ici et là sur l'Internet.

Flooder


Samedi 4 août

Évènements
Beaucoup de courts-métrages «bien de chez nous» en ce seul samedi, films réunis par petites grappes d'une douzaine en trois volets plus ou moins thématiques et joliment nommés. Des films avec ou sans fusil, Séduction fertile et Bonheur d'occasions. On ne peut ici éplucher le catalogue tant les courts sont nombreux, mais citons quelques titres insolites qui mettent l'eau à l'oreille et la puce à la bouche (désolé): La bitch française, Jacqueline Ultimatum, Un film avec Jean-Paul Belmondo, Evil James Bond VS Jaws, Champions gomme-balloune, The Last Director on Earth ou l'énigmatique Steve Pouliot. Il y a du bon stock là-dedans, c'est certain.

Films
Il est essentiellement question ici d'un immense, puissant et majestueux vaisseau spatial, le Yamato, de ses fougueux pilotes et de sa valeureuse équipe, naviguant à travers l'espace et combattant de vilains extraterrestres. Space Battleship Yamato reprend les prémisses (et le vaisseau-vedette) d'une série télévisée d'animation lancée en 1974. Ce film de Takashi Yamazaki en est la première adaptation «avec des vrais acteurs» pour le cinéma.
 
L'artiste-peintre norvégien Lars Olafssen, respecté par la critique, est en panne sèche d'inspiration depuis des années, aussi décide-t-il de s'isoler dans un village ontarien, loin des embarras de la vie mondaine. Il fera la rencontre d'un pauvre type, Eddie, considéré comme le fou du coin, se prendra d'affection pour lui et acceptera de l'héberger. Eddie a la très fâcheuse manie de se lever dans la nuit, inconscient, pour aller tuer et dévorer des gens. Découvrant les crimes, l'artiste redécouvre du coup une inspiration qu'il croyait a jamais disparue. Ces meurtres lui donnent des idées. Le réalisateur Boris Rodriguez, lui-même apparemment inspiré, sera présent à la projection de Eddie: The Sleepwalking Cannibal, peut-être nous expliquera-t-il où il puise ses énergies créatrices...
 
La cinéaste Jennifer Lynch, fille de David, ne l'a pas eue facile. Il aura fallu des années avant que son premier film, Boxing Helena (1993) accueilli d'abord avec un mépris qui confine presque à la cruauté, retrouve un nouveau public et, du coup, un peu de dignité. Despite the Gods est un petit  hommage-documentaire à Lynch, femme déterminée, qu'on suit ici pendant les préparatifs de son prochain projet, une coproduction avec Bollywood intitulée Hisss. Rien ne va comme il faut, les délais s'accumulent, des producteurs malcommodes interviennent, il fait mauvais, les dieux sont contre elle, qui garde tout de même le moral. Portrait intimiste d'une artiste échevelée signé Penny Vozniak, qui sera présente en compagnie de Jennifer Lynch en personne.
 
En ligne directe avec le Shaun of the Dead d'Edgar Wright, ce Grabbers (de Jon Wright, aucun lien de parenté) met en vedettes des bons buveurs, des créatures menaçantes venues de nulle part et... Un pub. C'est dans ce pub que les habitants d'une petite bourgade irlandaise recouvriront leurs forces afin de lutter contre d'affreux monstres amphibiens issus de la chute d'un météore. Il appert que ces extraterrestres belliqueux et suceurs de sang sont en vérité des petites natures et qu'ils ne supportent pas l'alcool, la bonne li-queur les tue sur place. Raison de plus pour taper dans la bière, le whisky et le brandy pour faire fuir les monstres. Ce film a été chaudement célébré à Sundance. Apportez votre flasque.

À louer
Le Boxing Helena de Jennifer Lynch qui avait tant fait jaser à sa sortie. Il y est question d'un chirurgien éperdument amoureux (Julian Sands) qui, pour garder la femme aimée auprès de lui, la démembre avec précaution  pour en faire un tronc vivant. Avec les années, ce film provocateur mérite d'être redécouvert et apprécié à sa juste valeur.

BoxingHelena

Dimanche 5 août

Films
Aimez-vous les films d'arts martiaux «classiques» (pour ne pas dire classieux), à savoir ces grandes fresques pseudo historiques inspirées d'anciennes légendes asiatiques, servies avec combats méticuleusement chorégraphiés et humour décalé? The Sorcerer and the White Snake devrait faire l'affaire. Jet Li y tient la vedette, et le film est réalisé par Siu-Tung Ching qui nous avait donné, ça fait déjà longtemps (1987), l'excessif et délirant  A Chinese Ghost Story, à l'époque où les films asiatiques étaient rarissimes au Québec, aussi bien en salles qu'au club vidéo.
 
Un film québécois, nom de Dieu, et avec David Boutin. Columbarium, de Steve Kerr qui offre ici son premier long-métrage, raconte les retrouvailles intimes de deux frères, l'un parvenu, l'autre envieux. Tous deux, suivant les exigences testamentaires de leur père récemment décédé, devront passer une semaine complète ensemble dans la demeure paternelle, ainsi pourront-ils alors disposer de l'urne dans le columbarium qu'ils auront eux-mêmes construit. Cette demande apparemment anodine relève pourtant du défi psychologique, et ces 7 jours de réclusions n'auront rien d'un séjour au chalet. De vieilles tensions referont surface, des vérités seront dévoilées, il y aura duel et guerre des nerfs. Kerr, Boutin, les acteurs Maxime Dumontier, Pierre Collin et Gilbert Comptois (vieux routiers que ces deux-là) seront présents à la projection.
 
Jennifer Lynch (fille de l'autre) est décidément à l'honneur cette année: au documentaire qui lui est consacré (Despite the Gods) s'ajoute à la programmation fantasienne son dernier long-métrage au titre éloquent, Chained, le récit troublant et choquant (de la part de Lynch on ne s'étonne pas) d'un gamin pris en charge par un chauffeur de taxi psychopathe et tueur en série, appelons-le Bob puisque c'est son nom. Bob voudra tout de même élever l'enfant kidnappé dans ce qu'il conçoit être «le droit chemin» et prônera les mérites de la détermination, du travail bien fait et du dépassement de soi, cela pour en faire un tueur de métier. Lynch sera présente.
 
Dans cet australien Hail d'Amiel Courtin-Wilson, un ex-détenu vieillissant, fraîchement libéré des cachots, tâche péniblement de reprendre sa vie en mains. Il retrouvera ses anciens amis et sa dulcinée, qui l'aura attendue tout ce temps. Mais cela ne suffira pas à le remettre sur la bonne route, ce monde lui paraissant insolite et hostile. La charge de violence enfouie refera surface et il retrouvera ses mauvaises habitudes. L'arrivée d'un homme qu'a bien connu son amoureuse viendra tout chambouler et l'ex-taulard perdra la tête. Les gens de Fantasia concèdent que ce n'est pas le genre de film qu'ils ont l'habitude de mettre au programme, mais que cette œuvre est en soi inhabituelle.

À louer
A Chinese Ghost Story de  Siu-Tung Ching, désormais rangé parmi les fims de répertoire. Il s'agit pourtant d'un authentique film d'arts martiaux comique à saveur horrifique, mais les chorégraphies étaient si bien filmées que les cinéphiles et les critiques de l'époque (1987), alors que seule une poignée de fervents amateurs s'y connaissait en cinéma de genre asiatique, ont tous été très impressionnés. Siu-Tung a signé aussi deux épisodes subséquents.

A-Chinese-Ghost-Story


Lundi 6 août

Commençons sur le ton badin de la légèreté adolescente avec Sunny, comédie sud-coréenne qui, là-bas, a fait un tabac au box-office. Il y a à priori quelque chose d'universel dans l'histoire de cette femme rangée, correcte, qui n'aura pas raté sa vie mais à qui il manque quelque chose, du piquant, pour oublier un peu la langueur des jours. Na-mi se prend donc passionnément de nostalgie pour son adolescence, la musique de l'époque, les évènements, alors qu'elle formait avec ses copines un gang nommé «Sunny». Aussi cherchera-t-elle à retrouver ses anciennes camarades et refaire la fête. Tout cela sent les cotillons et les confettis.
 
Chouette! Un documentaire sur Les Maîtres de l'univers, vous vous souvenez peut-être, si vous n'êtes pas si jeunes, de cette gamme de figurines en plastique lancée par la compagnie Mattel dans les années 80, le blond et musclé He-Man était le «chef des bons» et l'affreux Skeletor le «chef des méchants» dans un univers à la fois préhistorique, moyenâgeux et futuriste. Il a été tiré de cette série de jouets une émission de télé et un film très kitsch mettant en vedette Dolph Lundgren. Roger Lay, Jr (qui sera présent) s'intéresse à ce phénomène somme toute éphémère et anecdotique. Apparemment la firme Mattel a eu des démêlés avec divers employés quant à la création des personnages dont certains revendiquent la paternité. Toy Masters nous invite dans les coulisses de l'industrie de la bébelle.
 
Vulgaria... Voilà un titre que n'aurait pas dénigré John Waters. Sous ce titre sans équivoque se cache, on s'en doute, une comédie, et des plus salaces. Nous avons affaire ici à un producteur déclinant, prêt à toutes les bassesses pour mousser sa carrière et redorer son blason. Oui, toutes les bassesses. Il fera la rencontre d'un brigand qui lui promet mer et monde en échange de services particuliers (une mule est impliquée, ainsi qu'une vieille actrice, en l'occurrence ici Susan Shaw, en personne, soit la fille des frères Shaw, légendaires producteurs de Hong Kong.) Grossier, iconoclaste et bourré de clins d'oeil sur le monde pas si reluisant de la production, Vulgaria est signé Pang Ho-Cheung, cinéaste reconnu pour son humour noir et qui ici se paye la traite.
 
The Fourth Dimension se présente sous la forme d'un triptyque, ou plus prosaïquement dit d'un «trip à trois» entre cinéastes allumés venus des États-Unis, de la Russie et de la Pologne, respectivement Harmony Korine, Alexey Fedorchenko et Jan Kwiecinski. Apparemment le projet vient d'une sorte de gageure surréaliste: faire un court-métrage suivant des règles sans queue ni tête en vue de fabriquer une sorte de pamphlet ou de manifeste cinématographique (au nom de quoi? C'est un mystère.) La thématique générale: La quatrième dimension, quelle qu'elle soit. Il serait laborieux ici de décrire chaque segment, mais cet exercice de cinéma à six mains est des plus prometteur.

À louer
L'invraisemblable Masters of the Universe de 1987,  inspiré de la ligne de jouets éponyme. Un fiasco, mais un fiasco magnifique, avec Dolph Lund-gren, rescapé de Rocky IV, en héros musclé, blond aux yeux bleu, Frank Langella sous le masque en caoutchouc de l'affreux Skeletor, Meg Foster et même Courteney Cox dans son premier vrai rôle au grand écran. Masters of the Universe est un péplum qui avec le temps fait de plus en plus figure d'objet kitsch. Le compositeur Bill Conti (le thème de Rocky, c'est de lui) fait dans la grosse fanfare, ajoutant au film un verni de respectabilité. Fameux.

Master

 

 

Pour plus d'information consultez le site officiel de Fantasia.

Aleksi K. Lepage

 

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Helen Faradji Helen

Débarquée à Montréal il y a dix ans, Helen Faradji promène depuis sa passion pour le cinéma en toute liberté. Titulaire d'un doctorat sur le cinéma des frères Coen et de Quentin Tarantino, elle collabore ainsi à de nombreuses publications et a été chef de section Cinéma de l'hebdo ICI avant de devenir rédactrice en chef du 24images.com.

Aleksi K. Lepage Aleksi

Journaliste/critique à la Presse et responsable de la chronique Mauvaise Langue sur MSN.ca, Aleksi K. aime le cinéma. Un peu de tout. N'importe quoi. Parce que n'importe quoi, c'est le paradis, n'importe quoi c'est l'au-delà.

Geneviève Dallaire Genevieve

Éditrice des sections Cinéma, Célébrités et Divertissement sur MSN.ca, Geneviève préférerait passer ses journées à regarder des films… Mais elle passe plutôt ses journées à éditer des textes de journalistes qui passent leur journée à regarder des films. C’est toujours mieux que de se lacérer les yeux avec une chaîne rouillée, non?


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