Dernière semaine à Fantasia
Oui, ça achève. Fantasia en est au sprint final. Profitez-en, après il ne sera plus question partout que des élections provinciales, des carrés rouges et de la possible défaite de Jean Charest. Voici un dernier florilège de films à voir, ou à éviter, selon vos goûts et vos inclinations naturelles.
Mardi 7 août
Les films
Un jeune homme peu sociable, tête à claques et particulièrement troublé, qui aime à dormir dans un cercueil (comme Bela Lugosi, et comme le maire Stéphane Gendron, c'est tout dire) accumule les suicides imaginaires ou ratés et traîne dans l'existence comme un misérable vermisseau. Il fera la rencontre improbable d'une jolie fille dont la beauté angélique cache beaucoup de choses louches. Nakedness Which Wants to Die Too Much, premier long-métrage de Hidenobu Abera (qui y sera pour présenter son film) est annoncé comme une comédie mélancolique sur les affres d'une certaine jeunesse japonaise, marginale et égarée, à laquelle nos jeunesses aussi peuvent aisément s'identifier.
Du sordide, du sale et du pas-beau, voilà ce que promet ce Hidden in the Woods d'un certain Patricio Valladares. Qu'est-ce donc qui se cache dans les boisées? On s'en doute, rien qui ne soit amical et avenant. Deux jeunes filles et leur frère semi-mongolien, après des années de réclusions, règlent leur compte avec le père, dealer de drogue, et s'enfuient dans les montagnes, croyant y trouver un semblant de paix. L'oncle, autre crapule, les pourchassera, éliminant tout ce qui bouge sur son passage. Avertissement: il paraît que même les fanas de cinéma gore hyperréaliste vont être sous le choc après avoir vu ce film chilien. Cœurs sensibles, allez voir ailleurs.
Silenced évoque une histoire vraie et particulièrement tragique, une histoire d'abus sexuels perpétrés dans un centre pour enfants sourds-muets, les directeurs étant de braves chrétiens, ils sont à priori hors de tout soupçon. Ce film n'est pas sans rappeler tous ces scandales qui égratignent le verni de pieuté des organismes dirigés par les instances religieuses. Silenced, du sud-coréen Hwang Dong-hyuk est lourd, dur, cru, aborde des sujets rébarbatifs, mais c'est une œuvre à portée sociale doublée d'un thriller très efficace.
Un réalisateur de films pornos et son épouse malcommode engagent quelques hurluberlus en vue d'un spectacle de marionnettes télévisé et destiné aux enfants. On se doute bien que rien n'ira comme il faut dans ce projet, voulu pourtant «politiquement correct» tourné en forme de faux documentaire à la This is Spinal Tap. Le réalisateur canadien Aaron Houston sera présent à la projection de cet insolite Sunflower Hour, qui se moque allègrement du milieu de la production télé et de ces émissions «jeunesse» lesquelles, quand on y pense, de Sesame Street aux Teletubbies, passant chez nous par Passe-Partout, nous auront autant divertis que traumatisés.
Mercredi 8 août
Événement
Celluloid Experiment. Le titre de l'évènement dit tout: des expériences sur pellicule, des métrages «d'art et d'essai» comme on disait jadis, enfin une sélection de films proches de l'art contemporain et qui s'amusent avec la forme plus qu'avec le fond. Les couleurs, les textures, l'opacité VS la transparence, etc. Intello? Oui, un peu, et c'est bien ainsi. Il n'y a pas que des zombies et des tueurs en série dans la vie.
Les films
Vous avez manqué Turn Me On, Goddamit parce que c'était sold out? Voici votre chance de vous y reprendre. Cette «comédie romantique» norvégienne aux prémisses salaces relate les tourments très intimes d'une adolescente particulièrement intéressée par «ces choses-là». Oui, les choses du sexe. Onaniste accomplie, Alma mène une existence plate et rêve de quitter son village pour rejoindre les gens branchés de la grand-ville. Elle craque pour un jeune homme inaccessible et, à défaut de relations authentiques, cultive des fantasmes en tout genre, jouit par procuration grâce à un service de conversations érotiques par téléphone. Assez vite, Alma passera, aux yeux de ses proches et pour sa maman indignée, pour une fille de peu de vertu, pour une nymphomane. Les trémoussements hormonaux de l'adolescence, vus par une femme, Jannicke Systad Jacobsen.
The Woman in the Septic Tank. Ou si vous préférez, La femme dans une fosse septique. Ça sent bizarre. Il y est question d'un groupe de femmes ambitieuses et déterminées qui s'affairent au tournage d'un film lequel devra devenir éventuellement un immense succès digne d'un oscar. Le film racontera les affres d'une mère de 7 enfants, et sera produit à peu de frais, hors du système de financement. On s'en doute, ce sera la galère. The Woman in the Septic Tank est, faut-il le dire, un film indépendant, fabriqué aux Philippines par une certaine Marion Rivera, qui n'ira peut-être pas chercher sa statuette aux Oscars mais qui propose une réflexion intéressante sur les tourments de la préproduction.
Les chats sont des hôtes et non des jouets, ils disposent de neuf vies et ils savent des choses que nous ignorons. Dans le sud-coréen The Cat (de Byeon Seung-wook) l'héroïne, So-Yeun, voue un culte aux félins, qu'elle trime et dorlote dans un salon de toilettage pour animaux domestiques. Elle adoptera Silky, une bête étrange dont la seule présence provoque des évènements paranormaux. So-Yeun voudra en apprendre sur la précédente maîtresse de Silky, mystérieusement disparue, et se laissera peu à peu sombrer en des lieux macabres. En son pays, The Cat s'est hissé au sommet du box-office.
À louer
Voulez-vous en apprendre sur le cinéma indépendant? Sur les affres de l'artiste créateur, loin des grands studios, qui tâche de parachever son œuvre salvatrice? Voyez le documentaire American Movie, de Chris Smith, qui brosse le portrait touchant (quoiqu'un brin condescendant) du «cinéaste» Mark Borchardt, un jeune illuminé qui, par son enthousiasme disproportionné et son cinéma d'un goût discutable, rappelle un peu Ed Wood.
Jeudi 9 août
Évènements
Courts soniques est une sélection de courts-métrages semblables à des clips, c'est-à-dire que la musique y tient en partie la vedette. Vrai que l'art du vidéoclip tend à dépérir et que les belles années de Musique Plus sont déjà lointaines. Au programme donc, près d'une vingtaine de clips pour l'oeil et l'oreille, dont certains flirtent avec la comédie musicale. Titres spontanément accrocheurs: L'Attaque du monstre géant suceur de cerveaux de l'espace (on ne peut pas s'ennuyer), Doctor Glamour, Maudite Jalouse et Music For One X-Mas and Six Drummers.
Les courts-métrages pleuvent au festival, aussi aura-t-on droit à une autre petite averse de films flyés (16 en tout) lors de When Concordia Meets Fantasia. On ne sait trop quel genre d'hommage est rendu à l'université qui héberge Fantasia depuis 2003, mais la collaboration est fructueuse, même si on s'ennuie un peu des belles années à l'Imperial.
Les films
A Boy and His Samurai de Youshihiro Nakamura rappelle un peu, par son thème, Les Visiteurs avec Jean Reno dans le rôle d'un preux chevalier du Moyen-âge mystérieusement projeté hors du continuum espace-temps jusqu'à notre époque. Ici, c'est un samouraï qui, déraciné, découvre les heurs et malheurs de la vie moderne dans une ville qu'il ne reconnaît plus (Tokyo) avec des gens aux mœurs insolites. Le guerrier trouvera refuge chez une femme et son fiston, apprendra de son mieux à s'arranger avec sa nouvelle vie, voudra trouver du travail, en tant que... Pâtissier.
L'auteur de Rec, Jaume Balaguero, revient apparemment en forme avec ce Sleep Thight, déjà célébré ici et là dans les festivals. Dans ce thriller psychologique, un concierge affable et avenant, mais intérieurement très atteint, fait tout en sorte que les locataires de l'immeuble où il travaille, des gens fortunés et socialement respectables, soient embarrassés, découragés, dévastés. Cette entreprise de sabotage de la quiétude quotidienne prendra, on le sait d'avance, des proportions inattendues. On nous dit que «les dernières minutes de ce film phénoménal» nous hanteront à jamais. Ce n'est pas rien.
Jon n'est pas né sous une bonne étoile: son amoureuse a été abattue par les milices, lui-même n'en a plus longtemps depuis qu'il a reçu une balle, indélogeable, en plein front. La mort le guette et de très près. Il profitera des dernières semaines de sa courte existence pour reprendre contact avec son frère, égaré dans les quartiers louches, et régler des comptes avec quelques crapules terroristes qui n'ont en vue que de propager un horrible virus. Tout ça dans The Viral Factor, coproduction ambitieuse de Hong-Kong et de la Malaisie, dans laquelle les acteurs, recrutés parmi les vedettes pop de la scène asiatique, font leurs cascades comme des grands.
À louer
Rec, et Rec 2, de l'espagnol Jaume Balaguero. Le premier opus, surtout, beaucoup plus intelligent qu'il n'en paraît et qu'on a trop vite assimilé à la vogue relancée par The Blair Witch Project, à savoir les «faux-vrais films» mystérieusement retrouvés. Dans Rec, une jeune journaliste et ses cameramen sont traqués dans une grande bâtisse par quelque chose qui dépasse l'imagination.
Aleksi K. Lepage



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